Saadane l'altitude ». C'est par ce sobriquet infâme que l'opinion publique algérienne avait surnommé pendant des années Rabah Saadane, l'actuel sélectionneur de l'équipe nationale de football.
Hier voué aux gémonies, raillé, vilipendé, moqué, voire même banni, aujourd'hui respecté, admiré, adulé, Rabah Saadane, 63 ans -il est né en mai 1946 à Batna- aura connu un destin sans pareil dans l'histoire du football algérien. Sauf accident de parcours, l'entraîneur des Verts devrait entrer dans l'Histoire pour être le seul sélectionneur national à avoir qualifié l'EN à trois phases finales de Coupe du monde. D'abord en 1982 en Espagne, ensuite en 1986 au Mexique et enfin 2010 en Afrique du Sud. Une performance sans précédent dans les annales du football algérien. Et pourtant...
Avant d'être aujourd'hui porté au pinacle, Rabah Saadane aura vécu le martyre. Souvenons-nous. Été 1986. L'équipe nationale algérienne participe au Mondial de Mexico. Pour sa deuxième qualification consécutive en phase finale de cette prestigieuse compétition, toute l'Algérie attendait une participation plus qu'honorable d'autant plus qu'au précédent Mondial qui s'est tenu en Espagne, le onze algérien avait brillé, notamment en battant l'Allemagne par deux but à un ainsi que le Chili par trois buts à deux.
Mais voilà! Contre toute attente, au Mexique les Verts sont éliminés dés le premier tour. Deux défaites contre le Brésil (1-0) et contre l'Espagne 3-0), un match nul contre l'Irlande (1-1), les Verts plient bagage et rentrent au bled. Évidemment, l'élimination du onze national avait créé une immense désillusion en Algérie. Et le bouc émissaire est vite trouvé en la personne de Rabah Saadane, coupable d'avoir fait de mauvais choix tactiques, coupable d'avoir mal su gérer l'ego surdimensionné de ces joueurs, coupable d'être un homme de paille entre les mains de responsables qui faisaient et défaisaient la composition de l'équipe à sa place. Bref, Saadane n'avait ni la carrure, ni les compétences requises pour entraîner une équipe nationale.
Au lendemain de cette déconvenue mexicaine, le sélectionneur aura connu un accueil glacial en Algérie. Décrié, critiqué, ostracisé, vomi, Saadane a du même s'exiler hors du pays de peur d'être lynché par le public. Si cet entraîneur qui fut joueur à Batna, Constantine, El-Biar, Blida et Rennes portait une part de responsabilité dans la débâcle de Mexico, devrait-il pour autant assumer seul les conséquences de cet échec? Ceux qui l'avaient raillé à l'époque avait trouvé en sa personne le coupable parfait. Saadane a échoué, il fallait donc le clouer au pilori.
Mais l'on a trop vite oublié que l'homme n'était pas un entraîneur de seconde zone, qu'il n'était pas non plus un petit sous-fifre. Derrière la qualification des Verts au mondial d'Espagne de 1982, il y avait Rabah Saadane qui faisait partie du staff technique aux côtés de Mahiedine Khalef et du Russe Guennadi Rogov. Derrière la qualification des Verts au mondial de Mexico, il y avait encore Rabah Saadane. Hélas l'Histoire ne retient que le nom de Khalef, accessoirement celui de Rogov pour rappeler les heures de gloire du onze algérien, rarement celui de Rabah Saadane.
Le paradoxe est que ce dernier n'est pas rancunier. Ni envers les journalistes, ni à l'endroit de l'opinion publique. Bon bougre, toujours affable, celui qui a présidé à cinq reprises aux destinées de l'équipe nationale se dit désormais imperméable aux moquerie et aux quolibets